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La Nouvelle-Orléans et le Deep South
La Nouvelle-Orléans et le Deep South

La Nouvelle-Orléans par Maxime Lachaud

Célébrer la vie et la mort

Combien de fois n'avait-elle pas revu ce visage livide la fixer à travers les eaux  du bayou ?
John Biguenet, Le Secret du bayou (éd° Albin Michel)

 
La Nouvelle-Orléans. À peine le nom de cette ville prononcé, c'est tout un imaginaire sensoriel qui s'éveille en nous : le son d'une musique, le goût d'une gastronomie, les images architecturales... Une ville à la personnalité tellement forte qu'elle en est devenue un symbole de l'État de Louisiane, pourtant riche et complexe. Car la Louisiane reste très singulière au sein de la cartographie sudiste. Elle en est à la fois la quintessence, mais aussi peut-être la face la plus extrême, voire la plus viscérale (The Other Side de Roberto Minervini, dont le titre initial était Louisiana). Aujourd'hui, quand il est question de paysages hantés, de vieilles maisons coloniales à l'abandon, de populations autochtones arriérées ou de nature sudiste marécageuse et hostile, la Louisiane est l'endroit auquel on pense instantanément, et l'art populaire, la littérature, la photographie et le cinéma ont bien contribué à développer cette imagerie. En même temps, la Louisiane est plus étrange encore. Quels sont ces dialectes que l'on y parle, ces musiques un peu hystériques, ces pratiques du vaudou, ces superstitions ancestrales? La Louisiane semble avoir vécu plusieurs vies en l'espace de tout juste quatre siècles, ne serait-ce qu'en raison des tragédies, des ouragans et des catastrophes naturelles qui obligent à chaque fois à repartir à zéro, à se reconstruire à partir des ruines. Elle porte aussi un passé extrêmement lourd, l'héritage de l'esclavage, du racisme et de l'exploitation cruelle d'une population sur une autre (Down Claiborne de Moira Tierney, Black Indians de Jo Béranger, Edith Patrouilleau et Hugues Poulain, Antebellum de Gerard Bush et Christopher Renz), la culpabilité et la décadence d'un Vieux Sud (Un tramway nommé Désir d'Elia Kazan), une tradition de la brutalité et de la corruption, qui s'étend jusqu'aux autorités (Bad Lieutenant, escale à la Nouvelle-Orléans de Werner Herzog).

En se replongeant dans l'Histoire, on comprend vite pourquoi on y associe un imaginaire ténébreux. Quand René Robert Cavelier de La Salle donne le nom de "Louisiane" à ce territoire, c'est un lieu réputé dangereux et inhabitable. Il y aurait découvert non seulement des Indiens à l'état primitif mais aussi des cannibales, des cadavres et des corps mutilés. Cédée à l'Espagne avant d'être vendue aux États-Unis, l'ancienne colonie française est d'abord le repaire des malfrats, des prisonniers et des vagabonds. Ils se mêlent ainsi aux colons et leurs esclaves noirs ou cadiens d'origine très défavorisée. Pour répondre aux besoins physiques de ces colons, des prostituées furent également envoyées là-bas. La Nouvelle-Orléans est née de ce chaos, celle qu'on a appelée depuis le début du XIXe siècle la Ville de tous les Péchés, celle qui se donne facilement : The Big Easy.

La violence en Louisiane est aussi liée à une pauvreté. La Nouvelle-Orléans a longtemps gardé un taux d'homicides très élevé. Les histoires de lynchages et de crimes racistes faisaient encore la une des journaux il y a peu, et les gangs, voleurs et meurtriers y prospèrent. Certains tueurs en série sont même devenus de petites célébrités, comme Sean Vincent Gillis ou Derrick Todd Lee, qui a bénéficié du surnom "Baton Rouge Serial Killer". Mais qu'attendre d'une colonie avec un passé aussi lourd qui s'est enrichie sur l'esclavage pour travailler sur les plantations de sucre et de coton ? À cela s'ajoutent une végétation inquiétante, un bestiaire fait d'alligators affamés (Le Crocodile de la mort de Tobe Hooper), d'aurochs revenus d'on ne sait quel monde (Les Bêtes du Sud sauvage de Benh Zeitlin) ou de serpents venimeux, le lieu dans son ensemble devenant territoire de la peur et du trauma, avec parfois les ruines et débris de l'après-Katrina comme décor (Bad Lieutenant, escale à la Nouvelle-Orléans, Down Claiborne de Moira Tierney).

Si la Nouvelle-Orléans est la ville avec le plus de festivals au monde, endroit de fêtes et de vie nocturne, c'est en particulier dans son rapport à la mort que la Louisiane se distingue du reste des États-Unis. Ailleurs, celle-ci se cache derrière des rituels bien propres, ici elle s'affiche en fanfare au son de musiques tonitruantes. Ne pouvant être enterrés, les cadavres restent à même le sol, au même niveau que les vivants, notamment dans le fameux cimetière de Saint-Louis, immortalisé dans une scène mythique et sous acide d'Easy Rider de Dennis Hopper. Quoi de plus normal que des non-morts (Les Vampires d'Anne Rice) en Louisiane, cet endroit marécageux, réputé inadapté à l'humain, où les morts ne sont pas mis en terre ? Ainsi la Nouvelle-Orléans ne se fait pas seulement Cité des Vices mais aussi Cité des Morts. Blanche DuBois ne demande-telle pas à aller à Elysian Fields, ce lieu mythologique pour le repos des âmes, dans Un tramway nommé désir ? Et c'est bien la mort drapée de noir, qui vient la chercher à la fin de l'histoire.

De par ces limites floues entre réalité et imaginaire, vie et trépas, la Louisiane en appelle au fantastique. Les hallucinations sont légion dans un tel contexte, dues autant à l'intenable chaleur, à la façon dont elle ravage les cerveaux, ou encore aux drogues et boissons alcoolisées. La rationalité s'évapore aux profits de pulsions de mort incontrôlables. Et la dégénérescence semble avoir gagné la population : freaks de fêtes foraines, rednecks illettrés, cajuns édentés... Tout le territoire se transforme en cour des miracles ou en parade grotesque.

Philip Gould avait nommé son livre de photographies sur la Louisiane : A Land Apart (1985). Oui, de par sa richesse multiculturelle et ses croyances bizarres (Angel Heart d'Alan Parker), cet état américain est bien à part, mais c'est surtout sa population qui en fait la particularité. Et si la Nouvelle-Orléans est appelée "The Land of Dreams" (le pays des rêves) dans la chanson Basin Street Blues, elle devient par le cinéma un pays de cauchemars où le passé ne cesse de revenir avec son lot de fantômes (Obsession de Brian de Palma). Les films sélectionnés approchent ainsi la thématique louisianaise et sudiste dans ce qu'elles ont de plus enfoui : religions individuelles et étranges (Le Malin de John Huston), milices armées prêtes pour une nouvelle guerre civile (The Other Side), résurgence d'un passé collectif immonde (The Intruder de Roger Corman, Mississippi Burning d'Alan Parker,), en faisant des ponts constants entre le cinéma d'hier et d'aujourd'hui.

Maxime Lachaud
Journaliste, essayiste, réalisateur

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Deep South
Même s'il demeure des débats sur l'appartenance au Sud, le Bureau de recensements des États-Unis s'accorde sur 16 états : Alabama, Géorgie, Louisiane, Tennessee, Oklahoma, Mississippi, Floride, Arkansas, Delaware, Kentuky, Maryland, Caroline du Nord et du Sud, Virginie et Virginie Occidentale.

Redneck movie
littéralement « nuque rouge », est un terme populaire anglais désignant un stéréotype d'Américain (tout particulièrement originaire du sud du pays ou des Appalaches) ou de Canadien ou d'Australien, vivant en milieu campagnard.
Les Redneck movies sont l'adaptation sur grand écran d'une tradition littéraire américaine, le "gothique" du Sud — Southern Gothic. Cette tradition s'attarde sur tout ce qui touche au morbide, la ruine, la maladie, l'aliénation ou encore sur les sujets tabous ou sulfureux... Le territoire avec son atmosphère glauque, étouffante et moite y est un acteur à part entière.
Deux courants existent : le premier présente des citadins trop sûrs d'eux confrontés aux manières primitives et dégénérées, à la pauvreté, la brutalité et aux instincts les plus vils du Deep South... Le second courant, moins sombre, présente de bons péquenauds souvent revendeurs d'alcool frelaté et souvent poursuivis par des shérifs débiles ou des malfrats teigneux sur fond de courses-poursuites automobiles.

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